Les arts visuels au Forum francophone de l’IA
Le 13 octobre 2026, Frédéric Cordier, agent de développement culturel numérique au Regroupement des artistes en arts visuels du Québec (RAAV) et responsable du projet arts visibles, a pris part au panel « IA et découvrabilité : faire rayonner les contenus culturels francophones ». Le panel se tenait sur la scène principale de la Société des arts technologiques (SAT), dans le cadre du Forum francophone de l’IA, présenté par le Printemps numérique, la Chaire IANF et l’AFRIA à MTL connecte, la Semaine numérique de Montréal.
Cette participation a permis de faire entendre la perspective des arts visuels sur une tribune consacrée aux contenus culturels francophones et à l’intelligence artificielle.
Un panel francophone sur l’IA et la découvrabilité
Animé par Rokhaya Solange Ndir, de l’Association des femmes sénégalaises du TIC (FESTIC), le panel réunissait :
- Destiny Tchéhouali, Université du Québec à Montréal (UQAM) ;
- Grégory Jean, Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ;
- Marie Grégoire, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) ;
- Philippe Bourque, Canopée Solutions Numériques ;
- Frédéric Cordier, RAAV et arts visibles.

Les arts visuels face à la machine numérique
En arts visuels, la découvrabilité repose d’abord sur la rencontre entre une œuvre et son public. Dans l’environnement numérique, les artistes et les organismes font face à une immense « machine » dont les algorithmes peinent souvent à bien référencer et identifier les œuvres visuelles.
Les travaux d’arts visibles montrent que les données sur les artistes et leurs créations existent, mais qu’elles restent fragmentées et peu structurées. Le milieu doit mener deux chantiers en parallèle : renforcer la littératie numérique, et structurer rapidement les données des artistes, clé de voûte de l’écosystème.
Identifier les artistes : une base encore manquante
Aujourd’hui, il est difficile pour une machine de relier avec certitude un artiste à ses œuvres, ou de distinguer deux artistes qui portent le même nom. Des identifiants comme l’ISNI existent, mais leur prise en compte par les systèmes reste incertaine.
Plusieurs plateformes en arts visuels ont disparu en emportant avec elles de l’information structurée. Plutôt que de miser sur un nouvel outil, arts visibles plaide pour une architecture de données solide, partageable et identifiable, capable de survivre aux technologies à venir. La découvrabilité tient autant à la structuration de l’information qu’aux liens qu’elle permet de créer.
Des constats partagés
Pour contrer la domination des grandes plateformes et leurs biais algorithmiques, les panélistes ont convergé sur deux leviers : la structuration des données et la souveraineté numérique. Destiny Tchéhouali et Marie Grégoire ont insisté sur l’importance de bâtir des infrastructures propres et de mutualiser les efforts. Grégory Jean a rappelé qu’une œuvre visible ne rencontre pas forcément son public, et que sans bonnes métadonnées, la rémunération des créateurs reste difficile.
Il devient urgent de créer un écosystème où les métadonnées des œuvres sont standardisées, interopérables et partagées, afin que les moteurs de recherche et les systèmes de recommandation puissent proposer ces contenus aux publics francophones.
Au-delà de la visibilité
L’enjeu dépasse la simple visibilité technologique : il touche à la survie économique des créateurs. En documentant mieux les œuvres et en bâtissant collectivement une architecture de données qui respecte l’identité numérique des artistes, le milieu des arts visuels pourra s’assurer que ses talents seront non seulement découverts, mais aussi rémunérés équitablement.
Revoir le panel
Le Printemps numérique a mis en ligne l’enregistrement complet du panel (50 minutes).
Pour aller plus loin
- IA et découvrabilité : arts visibles sur la scène de MTL connecte (annonce du panel)
- WikiProjet arts visibles : un modèle commun pour les arts visuels sur Wikidata
- Sondage auprès des organismes en arts visuels : cartographier les données du milieu
- Parcours découvrabilité : structurer sa présence numérique en arts visuels
- La découvrabilité en arts visuels



